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Le Népal vu d'ici
Absorbés par toutes les belles choses à voir ici, nous n'avons pas encore pris le temps de vous parler du pays et des gens qui le composent. Voici un pot-pourri de ce qu'on a appris et ressenti en le parcourant....
Le Népal est une sacrée mosaïque culturelle de peuples qui ont appris à coexister plutôt qu'à se confondre. Il est le point de rencontre entre les populations indo-aryenne de l'Inde et les populations mongoloïdes de l'Himalaya. Trois grandes zones culturelles se suivent d'est en ouest : le nord avec les hauteurs de l'Himalaya, sa vie éprouvante dans le froid, les moyennes montagnes du Centre et ses rizières, ses rivières tourbillonnantes et le Teraï, qui court tout au sud, plat, dont les traits de ses habitants rappellent ceux de l'Inde. Chaque groupe a adapté son mode de vie et son agriculture à son environnement, tout en conservant ses traditions.
Le pays accueille environ 130 000 réfugiés, dont quelques 13000 tibétains, mais pour la plupart expulsés du Bhoutan et cantonnés dans des camps à l'extrême est du pays. Nous voulions au début de notre voyage aller faire un tour au Tibet mais la situation est toujours aussi compliquée....
C'est donc difficile de dresser un portrait type du Népalais ! Même physiquement, ils sont très différents d'un coin à l'autre du pays : pendant notre trek, nous avons croisé des montagnards aux trains tibétains et puis vers le Chitwan, on avait à nouveau l'impression d'être en Inde.... Ils sont cependant beaucoup moins exubérants que les Indiens !
Le Népal, c'est aussi un savoureux mélange d'hindouisme et de bouddhisme : prenez leurs préceptes, ajoutez-y des influences indiennes et tibétaines, mélangez le tout avec une pincée d'animisme et de pratiques tantriques et vous découvrirez l'incroyable cuisine spirituelle du Népal ! Voilà une solution pour éviter les tensions religieuses : la synthèse !
Après une situation politique chaotique, la fin de la royauté, les débuts balbutiants de la démocratie, il reste encore beaucoup de militaires et de checkpoints. Aujourd'hui (6 décembre), sur la route entre Pokara et Katmandou, nous avons dépassé au moins 200 militaires qui marchaient sur le bas-côté, avec leurs gros sacs et leurs mitraillettes... c'est souvent que nous en avons croisé pendant notre voyage, nous rappelant subrepticement que le cadre idyllique dans lequel nous évoluons est loin d'être si parfait....
Nos trajets en bus sont autant d'occasion d'observer la vie népalaise. Très tôt le matin, tout le monde est debout : les tout petits, avec leurs cagoules et leurs tongs aux pieds jouent, courent au bord de la route, se font câliner par les mamans, par les plus grands qui, eux, se préparent à partir à l'école, en uniforme, les femmes s'occupent des enfants, vont chercher de l'eau, remplissant les nombreux récipients pour la journée, quand elles n'ont pas d'énormes panières accrochées à leur front, transportant on ne sait où diverses marchandises, les hommes réparent les motos, construisent des maisons, les vieux fument en discutant, les autres se lavent les dents en regardant les bus passer, les animaux, biquettes, vaches, buffles, chiens, poules, coqs, poussins, batifolent au milieu de ce quotidien, ceux qui doivent aller à la ville faire des achats sifflent les bus au bord de la route, ça monte, ça descend....
Le système du bus urbain nous plaît plutôt : nos services publics français devraient prendre des notes ! (-; !!
Il y a des arrêts officiels où on est sûr de trouver un bus et puis il y a tous les autres arrêts : tant qu'on est sur le bord de la route, qu'on fait un signe en sifflant au gars qui s'occupe de faire monter les gens, toujours perché sur la dernière marche, on est sûr qu'il s'arrêtera et vice-versa, une fois dans le bus, on peut demander au même gars de s'arrêter pile-poil devant la magasin, devant la maison, pas loin du chemin qui mène à notre destination finale.... Pratique hein ? En contrepartie de cette flexibilité incroyable, on peut parfois s'entasser jusqu'à peut-être 40 personnes (on n'a pas compté, impossible!) dans un bus pour 20, le fameux gars gérant l'agencement de chacun dans l'allée centrale en demandant, à chaque fois qu'un nouveau passager rejoint la cohue, de se serrer encore et encore et encore. Et puis parfois, on attend 10 minutes à un endroit, que le bus se remplisse... tant que le suivant n'arrive pas derrière en klaxonnant pour dire « c'est mon tour ! » et là, on redémarre, laissant la place ! « Zamzam » comme ils disent (go go) !
Un petit mot sur la cuisine népalaise quand même qui offre beaucoup moins de diversité de mets que sa voisine l'Inde ! On a vite fait le tour des dal bhat et momos en tout genre, même si on est complètement fans de ces derniers.... D'ailleurs, on a prévu d'aller prendre un cour de cuisine pour apprendre à les façonner et pouvoir importer la recette en France... (-: … Mais ne jugeons pas trop vite, nous avons prévu de tester avant de partir un restaurant népalais qui propose un menu à 12 plats !
Le Népal, c'est n'est pas qu'une image d'Epinal comme on a pu vous le montrer.... Situé entre le plateau tibétain et les plaines du sous-continent, il a longtemps bénéficié de cette situation, servant d'étape aux marchands, aux voyageurs, aux pèlerins, devenant ainsi un creuset ethnique.
Aujourd'hui, il souffre justement de ce positionnement, stratégique auparavant, coincé entre la Chine et l'Inde qui sont devenues des géantes. Il est sans cesse tiraillé entre ces deux puissances : quand l'une des deux l'aide à construire un pont, à tracer une route, à améliorer les infrastructures en place, c'est toujours synonyme d'une contrepartie. Par exemple, le Népal vend quasiment toute l'électricité qu'il produit, grâce à ses centrales hydrauliques, à l'Inde pour lui racheter ensuite u prix fort (!!!), et s'en trouve quotidiennement, de longues heures, privé car du coup, il n'en a plus suffisamment.... Toutes les boutiques sont équipées de bougies pour parer l'éventuelle coupure-surprise et la plupart des hôtels et des restaurants sont équipés de groupes électrogène qui vrombissent dans les arrières-cour....
Ce soir d'ailleurs, pendant qu'on vous écrit, il n'y a ni eau ni électricité à l'hôtel : l'eau est ramené par des pompe électriques dans la chambre, mais sans suffisamment d'électricité, …. En rentrant en France, nous ferons encore plus attention....
C'est tellement frustrant d'observer cette situation pour nous, touristes d'un jour, alors que le peuple népalais le prend plutôt avec fatalisme : « que garne ?» disent-ils en haussant les épaules (« que faire ? »)! Le Népal s'est ouvert au tourisme grâce à ses montagnes, à ses coins de verdure tranquilles, grâce à ses parcs dans la jungle, grâce à son peuple accueillant, souriant, tolérant mais il est l'un des plus pauvres au monde. Ici, les jeunes partent chercher du travail ailleurs et se font souvent exploiter dans les émirats arabes... le vieux que nous avions croisé en descendant de Sarangkot a un fils qui travaille à Doubaï, ce qui est monnaie-courant au Népal. L'Inde aussi est une terre d'accueil des travailleurs népalais. Aucune industrie, mis à part le tourisme, n'offre d'emplois au Népal. Quand quelqu'un devient riche ici, il se construit une grosse maison, plus grosse que celle de son voisin, mais il ne réinvestit par dans son pays qui en aurait besoin....
En-dehors des circuits touristiques où il n'y a aucun souci pour circuler en toute sécurité, Coralie (la française du couple franco-népalais que nous avons rencontré) nous explique que ça craint : il y a beaucoup de viols, d'enlèvements, d'esclavage moderne, de meurtres, de prostitution.... Les familles pauvres vendent leurs enfants pour survivre. Alors oui, nous apprécions notre séjour ici, tout est magnifique mais il y a l'envers du décor que nous ne voyons pas mais que nous pouvons sentir. Le gouvernement actuel cherche à faire signer une constitution validée par tous les partis mais la corruption règne et à chaque nouvelle tentative, un parti s'y oppose, la démocratie si durement acquise est bafouée. Ça nous fait forcément penser aux pays de l'Afrique du Nord qui se battent aussi actuellement... mais qu'il est dur de casser un mécanisme pervers institué depuis des lustres....
Allez, ne terminons pas sur une note si sinistre.... Le Népal est un beau pays, attachant, qui mérite d'être visité et qui propose une diversité hallucinante de paysages, de gens, d'activités....